| ******************** QUE VOIS-TU? ******************** Infirmière,
que vois-tu? À
une vieille femme décrépite, pas bien fine, aux
mouvements incertains, aux yeux perdus, qui échappe sa
nourriture et ne répond pas quand tu lui dis d'une voix forte : Qui a l'air de ne pas remarquer les choses que tu fais, qui perd souvent un bas, un soulier, qui sans aucune résistance, te laisse faire ce que tu veux quand il s'agit de se lever, de manger, d'occuper des jours si longs. Est-ce à cela que tu penses? Est-ce uniquement cela que tu vois? Alors, ouvre tes yeux, infirmière, car tu ne me regardes pas. Je vais te dire qui je suis quand je suis assise ici, si tranquille, quand je me lève à ton ordre et que je mange selon ton gré. Je suis une enfant de 10 ans, ayant un père et une mère, des frères et des soeurs, qui s'aiment tendrement. Une jeune fille de 16 ans, avec des ailes aux talons, rêvant de rencontrer bientôt le prince charmant. Une mariée à 20 ans, mon coeur fait un bond en pensant aux voeux que j'ai promis de garder. À 25 ans, j'ai des enfants bien à moi, qui ont besoin de moi pour bâtir un foyer heureux. Une femme de 30 ans, mes petits grandissent vite, attachés les uns aux autres par des liens durables. À 40 ans, mes fils déjà âgés sont partis, mais mon homme demeure près de moi pour que je ne m'attriste pas... À 50 ans, de nouveau des bébés jouent près de moi. De nouveau, nous avons des jeunes, mon cher mari et moi... Mais les jours sombres arrivent : mon mari est mort. Je regarde l'avenir, je tremble de peur. Mes enfants sont fort occupés à élever leurs petits... Je suis une vieille femme maintenant, et la nature est cruelle... C'est sa plaisanterie de faire paraître les vieux un peu fous. Le corps s'écroule, la grâce et la vigueur disparaissent. Il y a maintenant une pierre là où j'avais un coeur. Mais dans cette vieille carcasse, une jeune fille vit encore... Et de temps en temps mon coeur meurtri se gonfle. Je me rappelle les joies, je me rappelle les peines, j'aime, je revis toute ma vie. Je pense aux années si peu nombreuses mais passées trop vite et j'accepte la dure vérité que rien ne peut durer. Donc, ouvre tes yeux, infirmière, ouvre-les et vois, non pas une vieille femme rabougrie, mais regarde de plus près, et vois-MOI!
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Huguette et PP, 2003-07-15 |