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Dossier : Les accros de la malbouffe
  1. Des colorants interdits dans 17 pays
  2. Les effets cumulatifs peu connus
  3. Les fruits et les légumes baignent dans une soupe chimique
 
Des colorants interdits dans 17 pays
 
Colorants, agents de préservation, saveurs artificielles, édulcorants, agents de texture : au Canada, il existe plus de 400 addititifs alimentaires dont l'usage est approuvé par les autorités.

SUN MEDIA - PAR HOLLY LAKE

À peu près tout ce que nous voyons contient un agent de conservation de quelque sorte soutient Randee Holmes, l'auteur de Additive Alert : What Have They Done to Our Food?

Bien que la plupart des additifs au Canada soient considérés sécuritaires, Holmes avance qu'environ 20% d'entre eux méritent qu'on s'en méfie.

Il y a des colorants en usage au Canada qui sont interdits dans 17 autres pays, dit-elle, et l'Organisation mondiale de la santé déconseille l'usage de certains de ces derniers.

Le bleu no 1 en est un. Dérivé du goudron de houille, on l'emploie dans le lait, les confitures et les gelées contenant de la pectine, le pain, le beurre, les sorbets, les poissons fumés, les liqueurs, le caviar, les cornichons, les relishes et le sucre à glacer, entre autres choses.

 
Le bleu no1

Dans In Hard to Swallow : The Truth About Food Additives, les auteurs Doris Sarjeant et Karen Evans indiquent que le bleu no1 est interdit en Autriche, en Finlande, en Norvège, en Suède et en Suisse ainsi que dans tous les pays de l'Union européenne depuis qu'on a trouvé qu'il cause le cancer chez les rats qui en ingèrent, de même que des tumeurs malignes au lieu de l'ingestion.

C'est la même histoire pour le rouge no 2, dont l'usage est permis dans plusieurs des mêmes aliments que le bleu no1, malgré les études qui démontrent qu'il est cancérigène, qu'il empêche la grossesse, qu'il cause des anomalies congénitales et qu'il produit des avortons chez les rats.

Son usage est interdit en Norvège, en Australie, en Finlande, en France, en Grèce, au Japon, en ex-URSS et aux États-Unis, mais est permis ici, au Canada.
 

 Le rouge citrin no2

Le rouge citrin no2 est un autre colorant contre lequel l'OMS nous met en garde. Ce colorant s'est révélé toxique en 1973, suite à différentes études qui le liaient à des dommages causés aux organes internes et au cancer chez les animaux.

L'Australie, la Grande-Bretagne et la Norvège l'ont interdit, mais pas le Canada. Bien qu'il ait été retiré de toute partie mangeable des aliments, son utilisation est encore permise sur l'écorce des oranges.

« La loi stipule que l'on doit étiqueter toutes les oranges teintes, dit Holmes, mais seulement sur la boîte qui sert au transport. »

La liste ne s'arrête pas ici, mais elle le devrait. Elle contient des agents cancérigènes bien connus et plusieurs se demandent pourquoi les colorants chimiques sont encore utilisés dans nos aliments. La Norvège les a complètement interdits en 1979.
 

Les effets cumulatifs peu connus


Même s'il croit que les produits chimiques sont sécuritaires en soi, le Dr Paul Lachance, professeur de nutrition et de sciences nutritionnelles à l'université Rutgers au New Jersey, avoue que les experts savent peu de choses quant à leurs effets cumulatifs. On ignore aussi comment ils réagissent entre eux.

« Si on finançait tous les programmes de sciences nutritionnelles au Canada et aux États-Unis pour étudier tous les produits chimiques qui se trouvent dans notre nourriture, on en aurait pour 100 ans, précise-t-il. La science est incomplète. Notre valve de sûreté réside dans l'évaluation du risque. »

Mais justement, avec ces évaluations, souvent les problèmes ne sont pas apparents immédiatement. Vingt ans peuvent s'écouler avant qu'un problème ne surgisse et que le produit soit retiré des tablettes. MacRea avance qu'il s'agit d'une manière de faire chronique qu'on répète sans cesse avec les pesticides, les hormones, les médicaments et les additifs alimentaires.

« On ne s'est pas rendu compte du problème avec les premières études. Cela devrait nous indiquer que quelque chose ne fonctionne pas avec les exigences des études. »

 
Les fruits et les légumes baignent dans une soupe chimique

Avant d'aboutir dans votre assiette, une molécule de nourrfiture moyenne aura fait un voyage dont le parcours s'étend sur 2 000 kilomètres.

SUN MEDIA - PAR HOLLY LAKE

Ce qui a pour résultat de nous fournir davantage de nourriture « fatiguée » par le transport. Dans notre assiette se trouvent des aliments moins nourrissants qu'avant. Pis encore, certains de ces aliments pourraient même être dommageables pour la santé.

Pendant les 40 dernières années, l'industrie agroalimentaire a connu d'énormes changements. La mondialisation a conduit à une production centralisée, tandis que le nombre d'entreprises de transformation et de distribution a considérablement chuté. Il en résulte que notre nourriture voyage sur de plus grandes distances pour atteindre les marchés locaux.

 
Les fruits voyagent

Les fraises de Californie qui arrivent par camion passent entre trois et dix jours entre la cueillette et l'assiette. Une poire africaine, tout comme les poivrons de Hollande, voyagent encore plus longtemps.

« Certains nutriments sont très instables. Plus longtemps dure le transport, plus il y a de risques de perdre ces nutriments », avance Rod MacRae, consultant en politique alimentaire de Toronto et instructeur de sécurité alimentaire à l'université Ryerson. « Personne ne s'occupe vraiment de cela. »

Un fruit qui doit traverser la moitié du globe pour arriver à son marché est cueilli plus tôt que s'il est vendu frais tout juste à côté. Cela peut aussi compromettre sa valeur nutritionnelle.

MacRae donne en exemple les fichiers de données nutritionnelles colligées par le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni, et qui constituent des bases de données historiques concernant le contenu nutritionnel des aliments.

« Dans les trois pays, certains nutriments connaissent un déclin significatif et l'on n'en connaît pas la véritable raison, dit-il. Je soupçonne qu'un des facteurs est la mondialisation. »

Alors, si la nourrituere voyage sur de plus longues distances que jamais, qu'est-ce qui la garde fraîche et de belle allure tout au long du parcours?

Que ce soit un fruit, un légume, un aliment transformé ou surgelé, la réponse est la même : ils baignent tous dans une soupe chimique. Tout comme le papier Saran, l'industrie agroalimentaire s'est emballée dans la durée de conservation.

La nourriture doit être capable de prendre la route parce que les résultats financiers de l'industrie dépendent de sa longue et heureuse présence sur les tablettes des magasins. L'apparence est aussi un facteur clef; les aliments doivent donc avoir belle allure tout en se conservant un long moment.

Comment l'industrie fait-elle pour y arriver? C'est qu'elle garde dans sa cuisine collective quelques additifs sous la main.

 
                                
     
SOURCE

Le Journal de Montréal, mercredi 5 janvier 2005. « Les accros de la malbouffe. »

RÉFÉRENCES

HOLMES, Randee . Additive Alert : What Have They Done to Our Food? http://www.pollutionprobe.org/Publications/Toxic.htm

SARJEANT, Doris. Hard to Swallow : The Truth About Food Additives.  http://www.amazon.ca/exec/obidos/ASIN/0920470475/digitalphoto0-20/701-1930570-3814767

Additives : A Serious Threat To Your Health. http://www.drmljohnson.net/newsletters/additives.htm

 

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