(Québec) - La maladie d'Alzheimer fait
peur, avec raison. En plus d'être une maladie dégénérative
incurable, dont le nombre de cas diagnostiqués a explosé partout
dans le monde, elle s'attaque à ce qu'il y a de plus fondamental
chez l'être humain, la personnalité. La progression de la maladie
est fulgurante, en raison notamment du vieillissement de la
population, mais heureusement, même si une cure se fait toujours
attendre, les progrès pour repousser les ravages de l'alzheimer sont
réels.
D'abord, quelques statistiques. Plus de 480 000
Canadiens sont atteints de la maladie d'Alzheimer ou d'une maladie
apparentée, un nouveau cas toutes les cinq minutes. Dans 30 ans, ce
sera un toutes les deux minutes. Au Québec, environ 120 000
personnes âgées de plus de 65 ans en souffrent. Les deux tiers sont
des femmes (les spécialistes ignorent précisément pourquoi,
d'ailleurs). En 2038, on estime que plus de 289 000 Québécois
souffriront d'une forme ou d'une autre de démence, soit 3,4 % de la
population.
Dans la grande région de Québec, on évalue à 15 000
le nombre de personnes atteintes (ce chiffre double tous les 20
ans), soit 1 personne sur 11, de 65 ans et plus. Sans compter tous
les proches aidants (surtout des femmes) et les membres de la
famille, qui deviennent aussi «victimes» : une personne atteinte a
un effet sur cinq autres dans son entourage.
De plus, le fardeau économique relié aux démences
double toutes les décennies. En 2008, au Québec, les coûts associés
à la maladie d'Alzheimer ou à une maladie apparentée étaient de 3,6
milliards $ par année. Ils bondiront à près de 38 milliards $ en
2038. Avec la population vieillissante, les spécialistes estiment
que la maladie d'Alzheimer représentera le fardeau social et
sanitaire le plus important dans le domaine de la santé, au pays. Le
Canada n'a pour l'instant aucune stratégie de lutte contre la
maladie d'Alzheimer et les démences apparentées, bien que le
gouvernement canadien vienne d'annoncer un octroi de 8,6 millions $
pour appuyer de nouvelles recherches sur la maladie.
Ajoutons que dans le monde, en 2010, 36 millions de
personnes étaient atteintes, ce qui représente des coûts de 604
milliard $ US, un montant appelé à augmenter de... 85 % d'ici 20
ans.
Le Dr Rémi Bouchard, neurologue, et directeur de la
Clinique de la mémoire et de l'unité de recherche alzheimer à
l'hôpital de l'Enfant-Jésus, traque la maladie depuis 40 ans. Il a
été témoin de son évolution spectaculaire et de ses ravages. Mais
heureusement, le neurologue a pu également mesurer les avancées de
la recherche, et sans la guérir complètement, on peut maintenant
traiter la maladie plus efficacement et en retarder l'évolution.
Depuis 25 ans, les chercheurs ont réussi à
développer quatre médicaments, mais aucun depuis 2004. «Mais
actuellement, il y a un regain au niveau de la recherche, partout
dans le monde», estime le Dr Bouchard. Selon le chercheur, on
s'attaque maintenant à d'autres cibles, notamment le diagnostic
biologique précoce, avant l'apparition des symptômes. Objectif : des
traitements pour littéralement bloquer la maladie.
D'une certaine façon, peut-on se prémunir de la
maladie? «Disons qu'on peut réduire les facteurs de risques,
explique le neurologue.
Les recherches ont démontré qu'avec plus d'activité
physique et une activité intellectuelle continue, la maladie se
manifeste plus tardivement.» Également, le traitement adéquat de
l'hypertension, du diabète et du cholestérol diminuerait les
facteurs de risques de l'alzheimer.
Cependant, ce qui sidère le Dr
Bouchard, c'est que même si on semble beaucoup en parler, les gens
connaissent peu la maladie. Un sondage de la Société Alzheimer
révèle qu'une majorité de baby-boomers au
pays manquent de connaissances sur l'Alzheimer et 23 % sont
incapables de nommer un des signes précurseurs. Pourtant, on estime
qu'un baby-boomer sur cinq sera affecté par
la maladie.
«Les bras me sont tombés quand j'ai lu ça», se
désole le Dr Bouchard. D'où l'importance de la diffusion
d'information sur le sujet. Ne pas alarmer inutilement, mais
informer et éduquer les gens, insiste le chercheur, qui continue sa
lutte acharnée contre la maladie d'Alzheimer. «Il serait un peu fort
de parler de guérison pour l'instant. Mais l'espoir de contrôler
davantage la maladie est là.»